Paulhan
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Victimes de la mode (raréfaction du brochet au lac du Salagou)

Victimes de la mode (raréfaction du brochet au lac du Salagou)

 

Je suis pêcheur et je relâche toutes mes captures depuis un bail et le « catch and release »

est ma pratique de cœur que je défendrai toute ma vie car je sais que quand c’est bien fait 

c’est l’avenir des populations de poissons et de notre passion qui est garanti.

Dans les années 2010, la mode de la pêche aux leurres a explosé et avec elle le nombre de gros brochets pris dans le lac rouge.

Un défilé ininterrompu de passionnés qui se sont succédés avec, pour presque tous, des poissons trophées et des souvenirs à vie.

La belle époque que j’ai bien connu, prendre un poisson plus que métré était assez facile j’en conviens.

Pêche du bord en top water avec un leurre de 12 cm depuis…. toujours.

16 ans plus tard la tendance est autre. Moins de brochets donc moins de pêcheurs spécifiquement tournés vers lui.

Le splash retentissant du big bait qui tombe dans l’eau est peu à peu remplacé par le lourd son du clonk percutant l’onde et les chercheurs de poissons

dernier cri sont souvent branchés écrans, ça ponce à la sonde, une nouvelle mode, un nouveau style,

ce qui finira probablement d’achever les derniers grands brochets retranchés (et harceler tous les autres)

dans des zones peu explorées ou en profondeur.

La plupart des pêcheurs ne sont pas raisonnables, c’est humain, et encore moins attachés à une

vraie éthique, live total, mais ça c’est pas de leur faute, la mode fait oublier le rationnel.

Pour pêcher stylé, avec du matos sophistiqué qui a vidé les mers, il y a de quoi faire et

parader facilement les bras tendus, le cerveau dans une boîte made in China.

Actuellement, il reste des irréductibles qui cherchent encore la poutre, à l’ancienne

il y en a encore à faire c’est sûr, mais la population de brochets est incomparable à ce qu’il y avait il y a 10-15 ans.

A l’abri des regards, un brochet se repose.

Alors que tous les regards halieutiques sont braqués sur le silure et le cormoran,

la raréfaction du brochet sur le lac du Salagou peut aussi s’expliquer si on remonte un peu le temps.

Il n’y a pas si longtemps dans les eaux du rouge Salagou les brochets de 40/50 cm étaient très nombreux,

on les voyait même en petits bancs, depuis quelques années ils se sont raréfiés, mais pourquoi ?

Ne sont-ils pas nés ces poissons ?

2012, il n’était pas rare de voir des regroupement de brochets sur chaque branche tombée à l’eau…

Des grands brochets morts naturellement ?

Sur le Salagou de 2010 à 2020 il s’est trouvé un grand nombre de ces animaux échoués sur les plages.

Etant pêcheur du bord j’ai constaté beaucoup de choses, ça c’est le côté observateur/naturaliste de cette passion.

Les photos qui suivent montrent des poissons trouvés morts, je n’ai pas de preuves scientifiques

que ce soit de vieillesse ou par une manipulation maladroite mais j’ai des questions….

Selon le vent les cadavres dérivent de pied en pied.

Pourquoi ne trouve-t-on pas plus d’autres espèces de poissons morts de vieillesse ou par un relâché tardif ?

Si ces poissons sont morts de manière naturelle alors pourquoi je n’ai trouvé qu’un seul grand sandre mort en 20 ans ?

La seule autre espèce que j’ai trouvé morte assez rarement (vu le nombre de relâchés) est la carpe (de toute taille), elle aussi sous pression halieutique.

En 20 ans de plongée sur le lac j’ai vu beaucoup de poissons vivants et en pleine santé,

Je n’ai vu qu’un seul brochet en fin de vie dans le fleuve, pourquoi n’en n’ai-je jamais vu dans le lac ?

Vieux bec en robe de de deuil.

J’ai vu en sub des vieux poissons mais jamais à l’agonie,  un podium vers une mort brutale se dessine-t-il ?

Là au moins on est sûr.

Vu le nombre que j’ai trouvé morts au bord j’aurai dû voir des poissons encore en vie mais à l’article de la mort sous l’eau aussi,

ça serait logique car un poisson ne meurt pas de vieillesse en quelques minutes.

J’imagine que des fois ça doit prendre plusieurs jours avant que

sa robe se ternisse naturellement et que toute sa force de vie le quitte.

Une seule fois j’en ai trouvé un énorme mort au fond dans 6m d’eau, le ventre gonflé mais la pression de l’eau

l’empêchait de remonter comme un ballon, je l’ai sorti de l’eau, pas bien frais le bougre.

En juin devant la base nautique, cabré comme un arc.

Ceci explique que tous les poissons morts ne remontent pas en surface passé une certaine profondeur.

Ce qui peut expliquer autre chose, que les poissons qui sentent la fin venir vont peut être mourir là où c’est profond, s’ils ont le choix,

cachés au plus profond de la sombre onde, pure hypothèse, mais c’est celle que je choisis de croire.

Si ce n’est de mort naturelle cela vient-il de la mode ?

Car je ne pense pas que ce soit Greta qui les ai tapé en voilier ou en pédalo…

Dans les années 2010 il n’était pas rare de trouver des cadavres de

grands brochets, il s’en trouve moins ou tout autant qu’avant la mode en question.

 

La mode ça va, ça vient, et ça tombe dans les bras de personnes qui n’y voient parfois que la surface de la pratique.

Lancer une tendance et faire défiler des poutres bras tendu en prêchant le no-kill.

C’était judicieux au point de vue marketing mais tout

se paye quand la com est à sens unique.

Achetez le leurre magique !!!

Sans la notice du

« comment assurer glamour avec un brochet dans l’épuisette »

Combien de  pêcheurs aux leurres ont touché comme premier gros poisson de leur vie une poutre de 115 ?

c’est arrivé un paquet de fois !

Et quelle a été leur réaction une fois le poisson au sec ? la joie, l’exultation, les cris, essayer de décrocher le poisson

avec une pince pas adaptée,  etc… Alors que le poisson était en danger de mort entre leurs jambes.

J’ai assisté plusieurs fois à ces scènes de liesse et pas seulement par des noobs, et le temps passé pour faire

les gestes les plus importants de la vie du brochet a été trop long et a fini de prendre le peu de force qu’il restait au poisson.

Le pêcheur n’était clairement pas au niveau de la responsabilité qui était la sienne.

Quand l’excitation prend le dessus, c’est le temps qui paraît long pour le poisson, essoufflé et en apnée.

Pour comprendre, essayez de courir le sprint de votre vie et ensuite

retenez votre respiration, c’est un coup à clamser non ?

C’est ce que le poisson subit.

Pas d’anthropomorphisme car ça doit être valable avec tous les animaux qui respirent,

à moins que l’on ne me prouve le contraire.

Entre savoir, vouloir et faire il y a  un monde et ce n’est pas parce que nous

(et oui je m’inclus ça sera plus simple et plus vrai)

 voulons « ne pas tuer » (NoK)  que le le Catch and Release ça  fonctionne à 100 pour cent, c’est soumis à conditions.

Encore faut-il savoir bien le faire, avoir tout ce qu’il faut dans les mains et dans la tête, avec sang froid, vitesse et précision.

Nombre d’articles ont été écrits sur ce sujet , je ne vais pas répéter tout ce que l’on peut mettre en place pour assurer comme un pro.

Je veux juste dire que, entre le moment où le poisson est ferré et où il repart à l’eau,

ces quelques minutes sont les plus importante de SA vie, et donc de sa descendance.

La faute à qui si beaucoup de pêcheurs ne savent pas que ces instants sont plus que cruciaux ?

Un neo-fashionista même bardé de logo de marque japonaise made in China qui prend son premier vrai gros bec va faire des bourdes fatales

(et les répéter si personne ne lui explique), c’est sûr.

Il n’a fait que rêver de gros poisson mais jamais il ne s’est projeté dans ce qu’il allait faire une fois le rêve entre les mains.

Il passera trop de temps à le décrocher, sera en proie au stress, à l’adrénaline,

moins que le pike (brochet en anglais) ceci dit, et prendra trop de photos, et probablement ne passera pas assez de temps

pour s’occuper du poisson une fois relâché dans l’eau.

Je parle beaucoup des débutants, c’est normal ils ont aussi été les petites fashion-victimes toutes désignées de cette mode.

Ils sont venus à la pêche pour tâter du mannequin femelle pike. (tous les grands brochets sont du sexe « faible »)

par opportunité et facilité vu la quantité et la qualité des produits disponibles

sur le marché et visibles aux fashion-week de Cournon et autres site web omniprésents sur la toile et réseaux dit sociaux.

La mode Big bait, entre autres, à vue poindre quelques pêcheurs sans grande expérience de l’eau et

des poissons qui ne cherchaient que le poisson le plus fragile (sauf quelques vrais passionnés de fish)

qui peuvent vous réciter les catalogues de leurres mais presque incapables de vous parler de poisson,

sans oublier tous ceux qui les ont copié/collé comme des moutons par « fast fashion mimétique »

Chez un débutant ça peut limite se comprendre, mais cela reste tout de même totalement inexcusable pour les tous (les autres ?)

Ne pas savoir que le poisson que vous voulez rechercher en No-kill et donc relâcher est ultra fragile est une ignorance fatale.

Sans être ichtyologue, il suffit de connaître un peu l’animal pour imaginer que ce n’est pas un poisson

endurant de par son mode de chasse, poisson solitaire à l’affût, il fond sur ses proies et parfois à des vitesse prodigieuses.

Tous les pêcheurs sont censés être au courant de ça puisque c’est là-dessus que se base leur traque passionnelle.

De là à en déduire que le poisson est en danger de mort une fois piqué à l’hameçon serait logiquement bienvenu.

100 fois plus fragile qu’une carpe ou qu’un silure pour oser la comparaison et les nombres,

et si l’eau est chaude, le brochet devient cassant comme du verre.

Comment faire mieux ?

Pléthore d’articles sur le net, demandez à Chat KPT il vous « proutera » un résumé en 2 clicks, pas comme l’écriture de cet article.

Ne pas pêcher le broc quand l’eau est a plus 20-22 … déjà ça c’est important à mort.

Il est primordial d’être speed et précis à chaque geste, pas de déconcentration,

pas d’hésitations. Là, tu joues la vie du fish, alors faut vraiment pas déconner.

Le poisson dans l’épuisette reste dans l’eau, moi je clipe un fish grip plastique au bout de la mâchoire inférieure

pour le tenir le temps de le décrocher, et donc tenir sa tête fermement (pas pour le soulever),

pince longues de bonne qualité obligatoire, en avoir 2 c’est encore mieux, c’est plus « safe »

pour lui et pour vous, il ne faut pas jouer longtemps dans la gueule d’un pike.

Si la décroche est compliquée il faut le décrocher par étape en le remettant dans l’eau

toutes les 10 secondes et pendant 30 secondes pour le laisser un peu respirer.

Celui-là il respire plus….

Si ton appareil photo de paparazzo est pas prêt, (quel boulet décidément), il faut laisser le poisson dans l’eau, s’il est au bout du fish grip dans l’eau

il faut un élastique (petit sandow) sur la corde (attaché là où tu veux) du grip.

Pour la photo tu en fais 2ou 3 si t’es seul par poses de 10 secondes pas plus,

le bec doit avoir le nez dans l’eau le souvent possible, tic-tac, tic-tac ça devient urgent !!!

A deux c’est plus simple, mais il faut être tout aussi rapide, soyez à bloc en mode chirurgien de guerre.

Tu reposes ton poisson dans l’eau et tu le tiens jusqu’à ce qu’il reparte de lui même,

tu le lâche pas de suite, tu fais ça bien, avec amour respect et compassion.

Si vous pêchez en profondeur ça aide pas, les barotraumatismes sont invisibles et c’est pas pour ça que le poisson meurt entre vos mains

il repartira par réflexe et finira sa vie collé au fond avec son métabolisme explosé par la décompression et d’autres facteurs.

 (rien que pour cet aspect il faudrait écrire un article avec des données scientifiques).

 

Le catch and release fonctionne très bien, quand on sait ce que l’on doit faire, dans quel ordre et à quelle vitesse, en maîtrisant chaque seconde qui passe.

Pour résumer ces pratiques, le NoKill ou le catch and release ne sont pas « de ne pas tuer » mais « de sauver la vie ».

La pêche au leurre en NOK n’est pas uniquement une affaire de matos mais de surtout savoir manipuler du poisson en vue de sa survie

et donc de celle de la population de brochets pour le futur. Car en tuant sans le faire exprès, ça va plus loin qu’un poisson mort.

C’est toute sa génétique et sa descendance qui disparaissent, et pour moi c’est ça le plus important.

Le brochet se raréfie au Salagou et ce n’est pas le silure, les cormorans ou les fake écolos

qui sont à l’origine de ce déclin mais une mode qui a visé les géniteurs, les grandes femelles brochets.

Enfin c’est mon point de vue et je pense qu’il est partagé par nombre de pêcheurs émérites.