Anatomie du No-Kill

Anatomie du No-kill (pêche de la carpe)
Pratique énormément décriée par certains non-pêcheurs, il s’agit de pêcher un poisson et de le remettre à l’eau… C’est vrai que dit comme ça, on peut se poser la question de la santé mentale des pratiquants qui passent des jours, des mois, des années, leurs vies entières à pêcher (et à vider leur porte-monnaie) pour au final rentrer chez eux bredingues et mal odorants….

Dans la tête
Tout n’est pas simple dans l’approche de l’homme dans la nature. Certains marchent ou courent , d’autres observent ou flinguent des animaux pour les grailler, certains nagent d’autres volent dans les airs, glissent, roulent sur roues et d’autres « pêchent et relâchent ». C’est la nature humaine de faire des choses pas forcément utiles et compréhensibles par ses pairs mais oh combien satisfaisante psychologiquement parlant dans nos vies modernes de fadas affairés à turbiner du citron presque H24.
La pêche de la carpe en « catch and release », je traduis pas vous avez compris je crois, est une activité dont l’addiction se mesure en KG de poissons, de bouillettes et autres graines jetées à l’eau pour nourrir la populace amphibie. Il est donc logique de ne pas tuer ses prises pour deux principales raisons.
– laisser le poisson vivre, grossir et donc se reproduire avec tout ce que ça engendrera par la suite
– permettre aux autres pêcheurs (et soi-même) de pouvoir reprendre ce poisson plus tard plus gros

Le corps du sujet, dissection d’une éthique peu sanglante
La carpe est un poisson qui vit longtemps (entre 30 et 45 ans !) . Comme tous les poissons elle grandit tout au long de sa vie, les carpes les plus grosses sont donc souvent âgées ,sauf certains cas mais là on va parler de pisciculture et ce n’est pas le sujet.
Il est donc logique dans cette quête de poisson trophée de lui rendre sa liberté pour qu’il devienne plus gros, plus fécond et qu’il continue à transmettre ses gènes de gros sujet à son milieu liquide, et pour le plaisir de ses prédateurs naturels aussi, qui vont se repaître de ses rejetons, j’allais l’oublier.
S’il est facile de critiquer cette pratique sans la connaître, cela n’est pas moins compréhensible de le faire.
Pourquoi torturer un poisson avec un crochet planté dans sa tronche et faire mumuse avec ? (comme le disent les anti pêche)
La réponse pour moi est assez longue mais je vais la décomposer organe par organe.

Le cœur et le cerveau
On est mieux à la pêche que devant la télé ou au travail. Alors pêcher c’est utile pour la santé mentale, ce qui de nos jours n’est pas un luxe, alors soyons un peu égocentriques et allons passer du temps dans la nature. On pêche pas des carpes toutes les 5 minutes en général. Il arrive souvent de ne rien prendre du tout, alors pêcher n’est pas un salon de la torture dans la nature mais une activité saine et louable, encore plus quand on ne flingue pas ses prises et qu’on les rend à la nature. Sans avoir pêché une fois dans sa vie (avec de bons guides) on ne peut pas voir la chose dans son ensemble.
Pourquoi tuer un poisson qui est en pleine santé ? Un tout petit trou dans la gueule et un bon coup de stress ça ne tue pas les carpes, en tout cas pas comme les 156 autres vraies causes de mortalité chez les poissons.
La gueule du poisson ne peut pas sentir la douleur comme la nôtre. Argument valable quand vous aurez vu la bouche d’une carpe qui a broyé des millions de moules et autres corbicules toute sa vie et qui se fait un plaisir d’aplatir une écrevisse comme une tranche de tofu dans la bouche d’un sanglier.
Le pêcheur est un allié des cours d’eau. Sans lui, les poissons n’auraient personne pour les représenter et donc seraient oubliés dans les mains des pollueurs de cours d’eau (il n’en manque pas). Alors respecter les pêcheurs et leurs choix éthiques c’est respecter les cours d’eaux, et leur futur.

Le no-kill c’est une éthique que l’on apprend avec l’âge et la sagesse, et que l’on partage avec les plus jeunes en leur expliquant et surtout en leur offrant des poissons relâchés. Une carpe vivante sert à toute la chaine alimentaire du biotope, ne pas la tuer c’est ne pas perturber l’équilibre des populations de poissons. Sujet compliqué aussi mais « en gros » si il y a tant de carpes sur un secteur ou sur un plan d’eau c’est que c’est la « nature » qui l’a décidé ( productivité naturelle), alors on ne change pas ce que dame nature a mis en équilibre avec le temps.
Relâcher son poisson c’est faire preuve de respect de la vie (pas de « morts ») ça paraît stupide comme ça, mais il faut quand même être un peu pêcheur pour le comprendre. Attraper un gros poisson que l’on recherche pendant des décennies, des milliers d’heures d’attentes, souvent de déceptions et aussi d’espoirs, une fois que l’on tient ce poisson, on n’a qu’un seule envie, c’est de lui rendre sa liberté tellement il l’a mérité et tellement il a fait battre notre cœur si longtemps pour en arriver là…
Pas question de tuer le rêve qui est devenu réalité.

Organes internes
Le no-kill c’est bien mais pas fait par des bouchers…
Relâcher son fish doit se faire dans de bonnes conditions. La carpe est un animal incroyable solide physiquement (le poisson parfait pour cette pratique) mais comme tout animal sauvage si elle stresse trop longtemps elle peut en garder des séquelles qui induisent des complications, alors il faut la remettre à l’eau vite, le plus vite possible, c’est le mieux.
On peut aussi pêcher avec des hameçons sans ardillons ou écrasés, et bien sûr posséder le matos qui sert à ne pas blesser la belle carpe, l’épuisette géante à maille fine, le tapis de réception bien moelleux pour coucher la patiente à la sortie de l’eau, pour la saisir comme il faut et faire une séance photos rapide et zou ! plouf à la baille !
La carpe repart dans l’eau, son flip n’aura duré que quelques minutes, ce n’est rien comparé à la rudesse de son milieu, toute sa vie elle se bat pour sa survie, le stress, le combat, l’adversité , elle connait, elle gère et s’en remet très bien, puis elle oublie toute cette histoire, en quelque semaines, parfois beaucoup moins.

Anthropomorphisme juvénile…
Une preuve de plus pour cette pratique, c’est que je connais un poisson qui a été pris peut-être 20 fois en 15 ans. Les poissons n’ont pas pas notre mémoire et notre fragilité extrême à la douleur sinon ils se feraient prendre une fois mais pas deux, alors tout cet anthropomorphisme aveuglé et violent qui voudrait que les poissons soient nos égaux en matière de souffrance et de « cerveau »‘ est une invention dirigée et improuvable, on ne peut comparer un animal à sang froid, rustique comme la carpe, avec un mammifère supérieur.
Je ne dis pas que la carpe ne souffre pas du tout, mais on ne peut pas le quantifier, le stress qu’elle endure se calme rapidement, et la blessure due à l’hameçon est insignifiante. Tout ce que nous pouvons faire c’est faire les choses vite et bien, pour son confort et son respect.
En gardant à l’esprit que nous devons à son combat au bout de la ligne tout notre accomplissement et j’espère votre entière dévotion aux milieux aquatiques..


